à la cantonade
" Eh oui ! On va lire Plus Belle la vie au 17 ème siècle"
Petit effronté !!!!
" Eh oui ! On va lire Plus Belle la vie au 17 ème siècle"
Vendredi, avant le début des vacances de février, cours réussi. Me voilà satisfaite pour les vacances…
Nous étudions les Fourberies de Scapin. C’était le premier cours et pour que mes élèves puissent reconnaître les personnages j’avais distribué des photos dans des mises en scène différentes. Ils devaient noter, avec la liste des personnages, les noms de Scapin, Argante, Géronte, Octave, Léandre, Hyacinthe, Zerbinette à côté des photos. Tout se passe bien.
Ils me demandent ensuite s’ils peuvent jouer les 3 premières scènes sans les avoir lues. J’accepte, ils choisissent leurs rôles et jouent avec un plaisir évident et sans trop d’erreurs. Ils sont ravis et disent même à la fin : « On adore cette pièce ! C’est génial », mots qui pour tout professeur bien constitué sont les mots les plus agréables qui soient.
Retour des vacances, je leur donne à lire l’acte I et leur demande de résumer l’histoire. Horreur ! En lisant derrière eux les copies...Seules 2 élèves avaient compris. Ils avaient, m’ont-ils dit, joué sans comprendre !
Comment ont-ils réussi, je l’ignore mais je n’ai plus qu’à montrer, en correction, la pièce jouée par des acteurs…
« (…) En de telles époques où les valeurs les plus hautes de la vie, où notre paix, notre indépendance, notre droit inné, tout ce qui rend notre existence plus pure, plus belle, tout ce qui la justifie, est sacrifié au démon qui habite une douzaine de fanatiques et d’idéologues, tous les problèmes de l’homme qui ne veut pas que son époque l’empêche d’être humain se résument à une seule question : comment rester libre ? Comment préserver l’incorruptible clarté de son esprit devant toutes les menaces et les dangers de la frénésie partisane, comment garder intacte l’humanité du cœur au milieu de la bestialité ? Comment échapper aux exigences tyranniques que veulent m’imposer contre ma volonté l’Etat, l’Eglise ou la politique ? Comment protéger cette partie unique de mon moi contre la soumission aux règles et aux mesures dictées du dehors ? Comment sauvegarder mon âme la plus profonde et sa matière qui n’appartient qu’à moi, mon corps, ma santé, mes pensées, mes sentiments, du danger d’être sacrifié à la folie des autres, à des intérêts qui ne sont pas les miens ?
C’est à cette question et à elle seule que Montaigne a consacré sa vie et sa force. C’est pour l’amour de cette liberté qu’il s’est observé lui-même, surveillé, éprouvé et blâmé à chacun de ses mouvements et chacune de ses sensations. Et cette quête qu’il entreprend pour sauver son âme, pour sauver sa liberté à un moment de servilité universelle devant les idéologies et les partis, nous le rend aujourd’hui plus fraternellement proche qu’aucun autre artiste. Si nous l’honorons et l’aimons plus que tout autre, c’est qu’il s’est adonné comme personne d’autre au plus sublime art de vivre : « rester soi-même ». »
Stefan Zweig écrit Montaigne à Pétropolis au Brésil peu de temps avant son suicide le 23 février 1942. Il notait dans sa lettre d’adieu :
« Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit. Moi, par trop impatient, je les précède ».
Hier mes deux amies m’ont "élevée", l’une en me racontant sa visite du Château de Montaigne et sa lecture de ce Montaigne, l’autre en me faisant partager son univers intellectuellement exceptionnel.
Les Essais débutent par un récit dans lequel Montaigne évoque Limoges et le siège de 1370.
"La plus commune façon d'amollir les coeurs de ceux qu'on a offensés, lorsqu'ayant la vengeance en main, ils nous tiennent à leur merci, c'est de les émouvoir par soumission, à commisération et à pitié : Toutefois, la braverie, la constance et la résolution, moyens tout contraires, ont quelquefois servi à ce même effet.
Edouard Prince de Galles, celui qui régenta si longtemps notre Guienne : personnage duquel les conditions et la fortune ont beaucoup de notables parties de grandeur ; ayant été bien fort offensé par les Limosins, et prenant leur ville par force, ne put être arrêté par les cris du peuple, et des femmes, et enfants abandonnés à la boucherie, lui criant merci, et se jetant à ses pieds : jusqu'à ce que passant toujours outre dans la ville, il aperçut trois gentilshommes Français, qui d'une hardiesse incroyable soutenaient seuls l'effort de son armée victorieuse.
La considération et le respect d'une si notable vertu reboucha premièrement la pointe de sa colère : et commença par ces trois, à faire miséricorde à tous les autres habitants de la ville. (...)"
« Cette histoire commença un après-midi, loin de la mer. Je besognais dans une grande pièce médiocrement meublée d’un bureau, d’un fauteuil, de quelques chaises, d’un divan poisseux de contacts humains et d’une vitrine où luisaient des instruments de verre et de métal. Dehors, au-delà des vitre dépolies, un pâle soleil d’automne et de France. Un à un, des êtres venaient s’asseoir près de moi ; nous parlions à voix basse ; puis ils se levaient pour se dévêtir et s’étendre sur le divan : alors je palpais leur nudité, j’écoutais leur souffle et les pulsations de leur cœur. Pendant qu’ils s’habillaient, je retournais à mon fauteuil pour écrire quelques lignes. Ils me donnaient un peu d’argent, me serraient la main et s’en allaient. Tant bien que mal, pour chacun d’eux j’avais déchiffré une énigme et inscrit ma réponse sur la feuille qu’ils pliaient en quatre et emportaient sans la regarder. »Le Passage. Jean Reverzy.
J’ai lu et relu ce livre à chaque fois que j’allais mal et il a toujours eu le pouvoir de m’enfoncer davantage pour mieux me permettre ensuite de remonter. C’est ainsi que je me soigne ! La Mouette de Tchekhov, le Journal de Kafka ont le même pouvoir. Je n’analyse pas, je ressens seulement et, après la marée sombre vient la marée claire. C’est ainsi…
Palabaud vit à Tahiti, il souffre d’une grave maladie du foie et revient se faire soigner à Lyon. Le narrateur, médecin, l’accompagne jusqu’à sa mort.
" Il s'appelait Loulou. Son corps était vert, le bout de ses ailes roses, son front bleu, et sa gorge dorée.
Mais il avait la fatigante manie de mordre son bâton, s'arrachait les plumes, éparpillait ses ordures, répandait l'eau de sa baignoire ; Mme Aubain qu'il ennuyait, le donna pour toujours à Félicité.
Elle entreprit de l'instruire ; bientôt il répéta : "Charmant garçon ! Serviteur, monsieur ! Je vous salue, Marie !" Il était placé auprès de la porte, et plusieurs s'étonnaient qu'il ne répondît pas au nom de Jacquot, puisque tous les perroquets s'appellent Jacquot. On le comparait à une dinde, à une bûche : autant de coups de poignards pour Félicité ! Etrange obstination de Loulou, ne parlant plus du moment qu'on le regardait ! "
"L'enfant s'était fait surprendre dans un coin du stade scolaire, alors qu'il se livrait à un acte répugnant ; on l'avait renvoyé chez lui en l'expulsant ignominieusement de l'école. A cette époque, il avait huit ans ; cela faisait plusieurs années qu'il pratiquait ce vice.
En un sens, c'était dommage. Il était gentil ce gosse ; il était même plutôt beau, quoiqu'il n'eût rien d'extraordinaire. Il y avait d'autres enfants, et même certains professeurs auxquels il était plutôt sympathique, mais il y en avait aussi qui ne l'aimaient guère. En tout cas, lorsque son forfait fut connu, tout le monde se ligua contre lui. Il s'appelait Horty (ou plus exactement Horton) ; Horty Bluett. Il devait bien s'attendre à se faire recevoir plutôt fraîchement en rentrant chez lui.
Il ouvrit la porte le plus doucement qu'il put, mais ils l'entendirent quand même. Ils l'empoignèrent par la peau du cou et le déposèrent au beau milieu du salon. Il y resta planté, tout rouge, la tête basse, une de ses chaussettes retombant sur sa cheville, les bras chargés de ses livres de classe et d'un gant de base-ball..."
"Martha, avec force et impatience.Et cette maison, en effet, n'est pas la sienne, mais c'est qu'elle n'est celle de personne. Et personne n'y trouvera jamais l'abandon ni la chaleur. S'il avait compris cela plus vite, il se serait épargné et nous aurait évité d'avoir à lui apprendre que cette chambre est faite pour qu'on y dorme et ce monde pour qu'on y meure. Assez maintenant, nous... (On entend au loin le bruit des eaux). Ecoutez, l'eau coule par-dessus le barrage. Venez, mère, et pour l'amour de ce Dieu que vous invoquez quelquefois, finissons-en.
La mère fait un pas vers le lit."
"Néron
Excité d'un désir curieux,
Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes :
Belle, sans ornements, dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil,
Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,
Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs
Relevaient de ses yeux les timides douceurs.
Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,
J'ai voulu lui parler et ma voix s'est perdue :
Immobile, saisi d'un long étonnement,
Je l'ai laissé passer dans son appartement.
J'ai passé dans le mien. C'est là que solitaire,
De son image en vain j'ai voulu me distraire :
Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler.
(...)
Acte II sc.2"